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culture

Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /Mai /2009 17:29
C’est le premier martyr d’Hadopi. Cet homme de 31 ans, Jérôme Bourreau-Guggenheim, responsable du pôle innovation web de TF1, a été, selon nos informations, licencié pour avoir critiqué le projet de loi Création et Internet (Hadopi). Allons bon. Mais il y a mieux : si Jérôme Bourreau a été viré par la Une, c’est suite à une dénonciation du… ministère de la Culture dont l’hôte, Christine Albanel, est l’artisan de la fameuse loi qui doit réprimer le téléchargement illégal. Et la chaîne qui a abouti au licenciement ne serait pas complète sans mentionner la députée UMP de Paris Françoise de Panafieu : c’est auprès d’elle que Jérôme Bourreau s’est ouvert de ses critiques envers Hadopi. Critiques transmises au ministère de la Culture qui les a transmises à TF1. Résultat : à la porte.

L’histoire commence le 19 février. Ce jour là, Jérôme Bourreau, qui habite le XVIIe arrondissement de Paris, décide d’écrire à sa députée, Françoise de Panafieu. Le sujet : Hadopi. « Je suivais ça avec beaucoup d’attention, raconte Jérôme Bourreau à Libération, j’avais beaucoup lu sur la question, c’est un sujet qui me touche, d’abord parce que c’est mon métier, et puis parce que je suis passionné par le Web. » Le nouveau et rutilant site de TF1, c’est lui. Pourquoi Panafieu ? « Mes parents m’ont toujours appris que quand on n’est pas d’accord, plutôt que de critiquer, il faut agir. » Alors il écrit, par mail, à Françoise de Panafieu, tout le mal qu’il pense de Hadopi. Ce mail, il l’envoie de son adresse personnelle, chez Gmail. D’abord, il se présente : études à Dauphine (où, badine-t-il, il a rencontré le neveu de Panafieu), « diverses responsabilités dans le secteur des nouveaux médias » et aujourd’hui « responsable du pôle innovation web » de TF1. Puis il déroule en termes mesurés son argumentaire anti-Hadopi. Qu’il conclut ainsi : « Madame la députée, je compte sur votre clairvoyance pour porter ma voix. »

Mais sa voix va porter beaucoup plus loin. Le 4 mars, il est convoqué par Arnaud Bosom, président de eTF1 qui s’occupe des activités numériques de la Une. « Et là, raconte Jérôme Bourreau, il me lit le mail mot à mot ! Et me dit qu’il ne peut pas laisser passer ça, que je n’ai pas le droit d’avoir cette opinion. Mais moi, je ne me suis pas écrasé, mon opinion est libre, et surtout je l’avais exprimée à titre privé dans une correspondance privée ! » Comment le mail envoyé à Panafieu atterrit-il sur le bureau de Bosom ? Il lui explique que c’est le ministère de la Culture qui l’a transmis. A Jean-Michel Counillon, directeur juridique de TF1, même si aujourd’hui, officiellement, la Une dit n’en rien savoir. En avril, Bourreau est convoqué à un entretien préalable à une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement. Et c’est jusqu’au licenciement que TF1 va.

Le 16 avril, Jérôme Bourreau reçoit sa lettre de « licenciement pour divergence forte avec la stratégie » de TF1. Etonnante lettre, dont Libération a eu copie : le groupe y reproche à son salarié son mail à Panafieu « par lequel [il] fais[ait] valoir, en tant que salarié du groupe, [son] hostilité au projet de loi Création et Internet ». Et TF1 l’écrit noir sur blanc : « Cette correspondance nous est parvenue via le cabinet du ministre de la Culture qui l’a adressée le jour même à la société TF1. »

Mais le meilleur est à venir : « Nous considérons cette prise de position comme un acte d’opposition à la stratégie du groupe TF1 [pour qui] l’adoption de ce projet de loi est un enjeu fort », écrit la DRH. Avant de reprocher à Bourreau d’avoir « mis [le] groupe en difficulté, [sa] position faisant apparaître le défaut d’alignement d’un responsable “web” avec la position officielle défendue par la direction. » On résume : en plus de la délation, on apprend que Hadopi est un enjeu fort de la stratégie de TF1, qui défend officiellement la loi. Ce qui laisse songeur quand on voit, sur le sujet, le manque d’objectivité des JT de la Une. Interrogé par Libération, un porte-parole de TF1 tente de se rattraper aux branches et évoque des « prises de position anti-Hadopi publiques de Jérôme Bourreau à l’intérieur de l’entreprise ». Ce qui n’est pourtant pas mentionné dans la lettre de licenciement.

Jérôme Bourreau lui est « dégoûté » : « La stratégie de TF1, ironise t-il, c’est de gagner de l’argent, pas de soutenir une loi. » Son avocat, Me Emmanuel Noirot, est en train de saisir les prud’hommes : « Pour licenciement injustifié dans la mesure où l’opinion de mon client est une opinion privée politique mais aussi technique sur Hadopi et que, selon le code du travail, un employé ne peut pas être discriminé en fonction de ses opinion politiques. » Me Noirot saisit également la Halde : « C’est une discrimination, un délit d’opinion, c’est purement scandaleux », assène-t-il.

Chez Françoise de Panafieu, où l’on se souvient du mail, on « tombe du platane » : « J’ai trouvé le mail intéressant, explique Marie-Christine Méchet, son attachée parlementaire, je l’ai transféré au cabinet du ministère pour obtenir un argumentaire. » Méchet, à qui Libération a appris le licenciement de Jérôme Bourreau, se dit « hallucinée : c’est extrêmement grave ». Au ministère de la Culture, on ne cache pas son embarras : « Nous sommes extrêmement surpris. » Et si on se souvient du mail, on ne sait pas comment il a atterri à TF1. Evidemment : quand apparaissent au grand jour les liaisons dangereuses entre le ministère de la Culture de Nicolas Sarkozy et la chaîne privée détenue par son meilleur ami Martin Bouygues, ça fait désordre.
Par dacarcassonnais - Publié dans : culture
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Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /Mai /2009 15:49

Dans une lettre ouverte à Martine Aubry, les artistes "de gauche" Pierre Arditi, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier et Michel Piccoli assurent à la première secrétaire du Parti Socialiste qu'il a perdu leur soutien en faisant échec à l'Hadopi... dont ils n'ont visiblement pas compris les enjeux.

On ne craint par l'absurde chez les "artistes de gauche". Pierre Arditi, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier et Michel Piccoli ont publié dans Le Monde une lettre ouverte destinée à Martine Aubry dans laquelle ils disent à la première secrétaire du Parti Socialiste qu'en rejetant l'Hadopi, le PS a perdu leur soutien. Mais pour le justifier, ils déploient des arguments qui auraient dû au contraire les convaincre de rejeter l'Hadopi et de soutenir la contribution créative, la licence globale nouvelle donne soutenue par le Parti Socialiste.

"La gauche - notre famille - c'était le refus d'un ordre purement marchand. C'était la protection du faible contre le fort. En particulier pour la culture", écrivent ainsi les quatre artistes de gauche.

Sans doute n'ont-ils pas compris que la mission officielle de l'Hadopi, reconnue par Christine Albanel elle-même, est de "favoriser l'offre légale", et donc d'installer la culture dans un "ordre purement marchand", alors que le piratage (un autre mot pour dire "partage") vise à l'en sortir en favorisant l'échange culturel non marchand entre les citoyens.

Sans doute n'ont-ils pas compris non plus que s'ils souhaitent que les grandes maisons de disques gardent le contrôle de la distribution de leurs oeuvres sur Internet comme ailleurs, le faible qu'il faudra protéger restera l'artiste, et que le fort ne sera pas l'internaute mais encore une fois les majors, qui continueront à imposer des contrats léonins aux artistes dont ils décideront des carrières.

Plus grotesque encore, ils écrivent à Martine Aubry qu'en "vous opposant, à l'occasion de la loi "Création et Internet", à ce que des règles s'imposent aux opérateurs télécommunications (comme vous les aviez imposées naguère aux opérateurs de télévision et de radio) pour qu'ils cessent de piller la création, vous venez de tourner le dos de manière fracassante à cette histoire commune". Or c'est bien justement en favorisant une licence légale - à l'époque par Jack Lang - que le PS a pu libéraliser la radio au profit des artistes, et des maisons de disques.

C'est en créant la rémunération équitable, qui prévoit que les radios peuvent diffuser ce qu'elles veulent sans autorisation préalable, mais en ayant l'obligation de verser à une caisse commune les droits qu'elles auraient auparavant dû négocier morceau par morceau. Avec la rémunération créative, les socialistes veulent transposer ce système à Internet, et non se contenter de légaliser le piratage sans contrepartie.

"Ce n'est pas parce que les PDG des nouvelles multinationales portent des jeans et des tee-shirts que leur âpreté et leur cupidité est moindre", écrivent encore les quatre artistes de gauche, sans savoir sans doute que les internautes, s'ils portent parfois jeans et tee-shirts, échangent les oeuvres le plus souvent en dehors des systèmes des multinationales, par des systèmes libres et open-source comme eMule ou BitTorrent.

Ceux qui actuellement portent jeans et tee-shirts et dirigent des multinationales sont représentés par Apple, et c'est justement le quasi monopole d'iTunes sur la musique marchande que le "piratage" permet d'éviter, et que la licence globale (ou rémunération créative) permettra d'éviter demain. Vouloir l'Hadopi, c'est vouloir que ces PDG des nouvelles multinationales continuent à prendre aux artistes la part du lion, et à contrôler les moyens pour eux de se faire connaître.

"Vous avez perdu notre soutien - peut-être n'est-ce pas si grave après tout ? Mais il nous semble aussi, et cela est plus fâcheux, que vous avez également perdu votre âme", concluent les quatre artistes de gauche.

Qui, eux, ont perdu leur tête.

Est-ce vraiment être de gauche que de soutenir une loi qui créé un tribunal d'exception, qui "jugera" sur des preuves qui n'en sont pas, contre la présomption d'innocence, et qui imposera aux citoyens d'installer chez eux un espion contrôlé par l'Etat, lequel finalement permettra de vérifier ce que lisent ou écoutent les internautes, ou de le leur interdire, au risque de sacrifier la liberté d'expression sur l'autel de la lutte contre le partage des oeuvres ?

Par dacarcassonnais - Publié dans : culture
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