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dacarcassonne@gmail.com
Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /Mai /2009 17:29
C’est le premier martyr d’Hadopi. Cet homme de 31 ans, Jérôme Bourreau-Guggenheim, responsable du pôle innovation web de TF1, a été, selon nos informations, licencié pour avoir critiqué le projet de loi Création et Internet (Hadopi). Allons bon. Mais il y a mieux : si Jérôme Bourreau a été viré par la Une, c’est suite à une dénonciation du… ministère de la Culture dont l’hôte, Christine Albanel, est l’artisan de la fameuse loi qui doit réprimer le téléchargement illégal. Et la chaîne qui a abouti au licenciement ne serait pas complète sans mentionner la députée UMP de Paris Françoise de Panafieu : c’est auprès d’elle que Jérôme Bourreau s’est ouvert de ses critiques envers Hadopi. Critiques transmises au ministère de la Culture qui les a transmises à TF1. Résultat : à la porte.

L’histoire commence le 19 février. Ce jour là, Jérôme Bourreau, qui habite le XVIIe arrondissement de Paris, décide d’écrire à sa députée, Françoise de Panafieu. Le sujet : Hadopi. « Je suivais ça avec beaucoup d’attention, raconte Jérôme Bourreau à Libération, j’avais beaucoup lu sur la question, c’est un sujet qui me touche, d’abord parce que c’est mon métier, et puis parce que je suis passionné par le Web. » Le nouveau et rutilant site de TF1, c’est lui. Pourquoi Panafieu ? « Mes parents m’ont toujours appris que quand on n’est pas d’accord, plutôt que de critiquer, il faut agir. » Alors il écrit, par mail, à Françoise de Panafieu, tout le mal qu’il pense de Hadopi. Ce mail, il l’envoie de son adresse personnelle, chez Gmail. D’abord, il se présente : études à Dauphine (où, badine-t-il, il a rencontré le neveu de Panafieu), « diverses responsabilités dans le secteur des nouveaux médias » et aujourd’hui « responsable du pôle innovation web » de TF1. Puis il déroule en termes mesurés son argumentaire anti-Hadopi. Qu’il conclut ainsi : « Madame la députée, je compte sur votre clairvoyance pour porter ma voix. »

Mais sa voix va porter beaucoup plus loin. Le 4 mars, il est convoqué par Arnaud Bosom, président de eTF1 qui s’occupe des activités numériques de la Une. « Et là, raconte Jérôme Bourreau, il me lit le mail mot à mot ! Et me dit qu’il ne peut pas laisser passer ça, que je n’ai pas le droit d’avoir cette opinion. Mais moi, je ne me suis pas écrasé, mon opinion est libre, et surtout je l’avais exprimée à titre privé dans une correspondance privée ! » Comment le mail envoyé à Panafieu atterrit-il sur le bureau de Bosom ? Il lui explique que c’est le ministère de la Culture qui l’a transmis. A Jean-Michel Counillon, directeur juridique de TF1, même si aujourd’hui, officiellement, la Une dit n’en rien savoir. En avril, Bourreau est convoqué à un entretien préalable à une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement. Et c’est jusqu’au licenciement que TF1 va.

Le 16 avril, Jérôme Bourreau reçoit sa lettre de « licenciement pour divergence forte avec la stratégie » de TF1. Etonnante lettre, dont Libération a eu copie : le groupe y reproche à son salarié son mail à Panafieu « par lequel [il] fais[ait] valoir, en tant que salarié du groupe, [son] hostilité au projet de loi Création et Internet ». Et TF1 l’écrit noir sur blanc : « Cette correspondance nous est parvenue via le cabinet du ministre de la Culture qui l’a adressée le jour même à la société TF1. »

Mais le meilleur est à venir : « Nous considérons cette prise de position comme un acte d’opposition à la stratégie du groupe TF1 [pour qui] l’adoption de ce projet de loi est un enjeu fort », écrit la DRH. Avant de reprocher à Bourreau d’avoir « mis [le] groupe en difficulté, [sa] position faisant apparaître le défaut d’alignement d’un responsable “web” avec la position officielle défendue par la direction. » On résume : en plus de la délation, on apprend que Hadopi est un enjeu fort de la stratégie de TF1, qui défend officiellement la loi. Ce qui laisse songeur quand on voit, sur le sujet, le manque d’objectivité des JT de la Une. Interrogé par Libération, un porte-parole de TF1 tente de se rattraper aux branches et évoque des « prises de position anti-Hadopi publiques de Jérôme Bourreau à l’intérieur de l’entreprise ». Ce qui n’est pourtant pas mentionné dans la lettre de licenciement.

Jérôme Bourreau lui est « dégoûté » : « La stratégie de TF1, ironise t-il, c’est de gagner de l’argent, pas de soutenir une loi. » Son avocat, Me Emmanuel Noirot, est en train de saisir les prud’hommes : « Pour licenciement injustifié dans la mesure où l’opinion de mon client est une opinion privée politique mais aussi technique sur Hadopi et que, selon le code du travail, un employé ne peut pas être discriminé en fonction de ses opinion politiques. » Me Noirot saisit également la Halde : « C’est une discrimination, un délit d’opinion, c’est purement scandaleux », assène-t-il.

Chez Françoise de Panafieu, où l’on se souvient du mail, on « tombe du platane » : « J’ai trouvé le mail intéressant, explique Marie-Christine Méchet, son attachée parlementaire, je l’ai transféré au cabinet du ministère pour obtenir un argumentaire. » Méchet, à qui Libération a appris le licenciement de Jérôme Bourreau, se dit « hallucinée : c’est extrêmement grave ». Au ministère de la Culture, on ne cache pas son embarras : « Nous sommes extrêmement surpris. » Et si on se souvient du mail, on ne sait pas comment il a atterri à TF1. Evidemment : quand apparaissent au grand jour les liaisons dangereuses entre le ministère de la Culture de Nicolas Sarkozy et la chaîne privée détenue par son meilleur ami Martin Bouygues, ça fait désordre.
Par dacarcassonnais - Publié dans : culture
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Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /Mai /2009 18:20

Tribune de François Rebsamen dans Le Monde du 7 mai 2009.


"Une crise sans précédent frappe de plein fouet l'économie mondiale. La France connaît, à son tour, le cortège grandissant des fermetures d'entreprises et de licenciements dont les salariés sont les premières victimes. Nous entendons le désarroi des salariés, l'inquiétude de toute une population, la menace de la pauvreté pour un nombre toujours plus grand de Français.


Au moment où les responsables politiques sont appelés à expliquer la crise, je m'interroge sur le sens politique qu'un affrontement droite-gauche revêt pour nos concitoyens. Plan de relance pour les uns, contre-plan de relance pour les autres : la population assiste, impuissante, à un positionnement entre deux modèles de politiques économiques qui veulent limiter les effets de la crise du capitalisme.


Le premier, celui de Nicolas Sarkozy, symbolisé par la loi TEPA teintée de néolibéralisme à la sauce Thatcher, pouvait, du point de vue d'économistes conservateurs, se justifier en période de croissance et de tension sur le marché du travail. Il est aujourd'hui dangereux pour les finances publiques, économiquement inefficace et socialement injuste.


Nicolas Sarkozy, qui se prétend pragmatique, est, en réalité, arc-bouté sur la défense de mesures qui relèvent d'un dogmatisme idéologique avéré : bouclier fiscal pour protéger les plus riches, défiscalisation des heures supplémentaires qui détériorent un peu plus l'emploi, suppression des droits de succession pour les plus aisés.


Il est temps pour lui d'entendre la colère des salariés qui monte du plus profond de notre pays, attisée par toutes ces dispositions qui creusent un peu plus les inégalités et exacerbent le sentiment d'injustice. La situation économique de 2009 n'est pas celle de 2007. Le pragmatisme revendiqué par Nicolas Sarkozy exigerait de renoncer à ces dispositifs ou, a minima, de les reconsidérer devant la situation d'urgence créée par la crise.


Face au dogmatisme du président de la République, quelle est la position des socialistes ? Force est de reconnaître que notre offre économique relève plus du classicisme que d'un pragmatisme novateur : le contre-plan de relance en est le symbole.


En 2007, la France était dans une séquence de forte croissance de l'emploi salarié ; pourtant nous avons voulu continuer à appliquer les mêmes recettes qu'en 1997. Mais, en dix ans, notre pays avait changé et nos propositions ne correspondaient plus aux exigences de la situation, donc aux attentes des Français.


UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL

Il est donc temps d'abandonner les postures dogmatiques, de faire preuve à l'échelon national du même pragmatisme que dans nos collectivités locales. C'est de cette façon seulement que nous pourrons d'abord nous opposer légitimement et efficacement à la politique de Nicolas Sarkozy. Et c'est de cette façon aussi que nous pourrons proposer aux Français un projet alternatif crédible.


Tout un pan de notre industrie est menacé de disparition. Les raisons en sont multiples : insuffisance de recherche et de développement, vieillissement de l'appareil productif, changement de comportement des consommateurs, volonté de certains groupes d'actionnaires de profiter de la crise pour supprimer des milliers d'emplois. En même temps, émerge un nouveau champ industriel avec le développement de la croissance verte : éoliennes, solaire, voitures propres, nouveaux matériaux, etc. Nous devons donc d'abord imaginer des mesures qui concilient sortie de crise et nouveau modèle de développement durable.


Nous devons ensuite inventer un nouveau contrat social réconciliant le salarié et l'outil de production, et donnant à chacun la possibilité de construire sa vie dans la sécurité professionnelle. A chaque jeune qui entrera dans la vie active la société doit garantir un contrat de travail sur toute la durée de sa vie, et à chaque individu déjà salarié, elle doit apporter une sécurité par des contrats de transition professionnelle de plusieurs années si nécessaire, assortis de formations performantes et efficaces.


Ce n'est qu'en sécurisant les individus sur leur avenir que nous rétablirons la confiance et que nous jetterons les bases d'une nouvelle société où chacun, assuré de pouvoir vivre dignement de son travail tout au long de sa vie, pourra être un citoyen à part entière.


Utopie, dirons certains ! Etes-vous fiers du modèle social que vous voulez protéger, pourrais-je répondre."


François Rebsamen est maire (PS) de Dijon, sénateur de la Côte-d'Or.

Par dacarcassonnais - Publié dans : economie-emplois
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Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /Mai /2009 15:49

Dans une lettre ouverte à Martine Aubry, les artistes "de gauche" Pierre Arditi, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier et Michel Piccoli assurent à la première secrétaire du Parti Socialiste qu'il a perdu leur soutien en faisant échec à l'Hadopi... dont ils n'ont visiblement pas compris les enjeux.

On ne craint par l'absurde chez les "artistes de gauche". Pierre Arditi, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier et Michel Piccoli ont publié dans Le Monde une lettre ouverte destinée à Martine Aubry dans laquelle ils disent à la première secrétaire du Parti Socialiste qu'en rejetant l'Hadopi, le PS a perdu leur soutien. Mais pour le justifier, ils déploient des arguments qui auraient dû au contraire les convaincre de rejeter l'Hadopi et de soutenir la contribution créative, la licence globale nouvelle donne soutenue par le Parti Socialiste.

"La gauche - notre famille - c'était le refus d'un ordre purement marchand. C'était la protection du faible contre le fort. En particulier pour la culture", écrivent ainsi les quatre artistes de gauche.

Sans doute n'ont-ils pas compris que la mission officielle de l'Hadopi, reconnue par Christine Albanel elle-même, est de "favoriser l'offre légale", et donc d'installer la culture dans un "ordre purement marchand", alors que le piratage (un autre mot pour dire "partage") vise à l'en sortir en favorisant l'échange culturel non marchand entre les citoyens.

Sans doute n'ont-ils pas compris non plus que s'ils souhaitent que les grandes maisons de disques gardent le contrôle de la distribution de leurs oeuvres sur Internet comme ailleurs, le faible qu'il faudra protéger restera l'artiste, et que le fort ne sera pas l'internaute mais encore une fois les majors, qui continueront à imposer des contrats léonins aux artistes dont ils décideront des carrières.

Plus grotesque encore, ils écrivent à Martine Aubry qu'en "vous opposant, à l'occasion de la loi "Création et Internet", à ce que des règles s'imposent aux opérateurs télécommunications (comme vous les aviez imposées naguère aux opérateurs de télévision et de radio) pour qu'ils cessent de piller la création, vous venez de tourner le dos de manière fracassante à cette histoire commune". Or c'est bien justement en favorisant une licence légale - à l'époque par Jack Lang - que le PS a pu libéraliser la radio au profit des artistes, et des maisons de disques.

C'est en créant la rémunération équitable, qui prévoit que les radios peuvent diffuser ce qu'elles veulent sans autorisation préalable, mais en ayant l'obligation de verser à une caisse commune les droits qu'elles auraient auparavant dû négocier morceau par morceau. Avec la rémunération créative, les socialistes veulent transposer ce système à Internet, et non se contenter de légaliser le piratage sans contrepartie.

"Ce n'est pas parce que les PDG des nouvelles multinationales portent des jeans et des tee-shirts que leur âpreté et leur cupidité est moindre", écrivent encore les quatre artistes de gauche, sans savoir sans doute que les internautes, s'ils portent parfois jeans et tee-shirts, échangent les oeuvres le plus souvent en dehors des systèmes des multinationales, par des systèmes libres et open-source comme eMule ou BitTorrent.

Ceux qui actuellement portent jeans et tee-shirts et dirigent des multinationales sont représentés par Apple, et c'est justement le quasi monopole d'iTunes sur la musique marchande que le "piratage" permet d'éviter, et que la licence globale (ou rémunération créative) permettra d'éviter demain. Vouloir l'Hadopi, c'est vouloir que ces PDG des nouvelles multinationales continuent à prendre aux artistes la part du lion, et à contrôler les moyens pour eux de se faire connaître.

"Vous avez perdu notre soutien - peut-être n'est-ce pas si grave après tout ? Mais il nous semble aussi, et cela est plus fâcheux, que vous avez également perdu votre âme", concluent les quatre artistes de gauche.

Qui, eux, ont perdu leur tête.

Est-ce vraiment être de gauche que de soutenir une loi qui créé un tribunal d'exception, qui "jugera" sur des preuves qui n'en sont pas, contre la présomption d'innocence, et qui imposera aux citoyens d'installer chez eux un espion contrôlé par l'Etat, lequel finalement permettra de vérifier ce que lisent ou écoutent les internautes, ou de le leur interdire, au risque de sacrifier la liberté d'expression sur l'autel de la lutte contre le partage des oeuvres ?

Par dacarcassonnais - Publié dans : culture
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Vendredi 1 mai 2009 5 01 /05 /Mai /2009 08:15
CATDM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde)

24 avril par Damien Millet, Eric Toussaint

 

 

Comment expliquer qu’on soit toujours confronté à la faim au 21ème siècle ? Un habitant de la planète sur sept souffre de la faim en permanence.

Les causes sont connues : une injustice profonde dans la distribution des richesses, un accaparement des terres par une minorité réduite de très grands propriétaires. Selon la FAO |1|, 963 millions de personnes souffraient de la faim en 2008. Structurellement, ces personnes appartiennent paradoxalement à la population rurale. Ce sont en majorité des producteurs agricoles qui ne possèdent pas de propriétés ou pas assez de terres, ni de moyens pour les mettre en valeur.

 

Qu’est-ce qui a provoqué la crise alimentaire de 2007-2008 ?

Il faut souligner qu’en 2007-2008, le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté de 140 millions. Cette nette augmentation est due à l’explosion du prix des produits alimentaires |2|. Dans de nombreux pays, cette augmentation des prix de vente des aliments au détail tourne autour de 50 %, parfois plus.

 

Pourquoi une telle augmentation ? Il est important de comprendre ce qui s’est passé depuis trois ans pour répondre à cette question et, ensuite, mettre en place des politiques alternatives adéquates.

 

D’une part, les pouvoirs publics du Nord ont augmenté leurs aides et leurs subventions pour les agro-carburants (appelés à tort « biocarburants » alors qu’ils n’ont pourtant rien de bio). Du coup, il est devenu rentable de remplacer les cultures vivrières par des cultures fourragères et d’oléagineux, ou de dévier une partie de la production de grains (maïs, blé…) vers la production d’agro-carburants.

 

D’autre part, après l’éclatement de la bulle de l’immobilier aux Etats-Unis, puis dans le reste du monde par ricochets, la spéculation des grands investisseurs (fonds de pension, banques d’investissement, hedge funds…) s’est déplacée vers les marchés boursiers où se négocient les contrats sur les denrées alimentaires (principalement trois Bourses des Etats-Unis spécialisées dans les marchés à terme de grains : Chicago, Kansas City et Minneapolis). Il est donc urgent pour les citoyens d’agir pour interdire par voie légale la spéculation sur les aliments… Bien que la spéculation à la hausse ait pris fin au milieu de l’année 2008 et que les prix sur les marchés à terme soient ensuite retombés en flèche, les prix au détail n’ont pas suivi le même mouvement. L’écrasante majorité de la population mondiale dispose de revenus très bas et subit encore aujourd’hui les conséquences dramatiques de l’augmentation des prix des aliments de 2007-2008.

 

Les dizaines de millions de perte d’emplois annoncées pour 2009-2010 à l’échelle mondiale vont aggraver la situation. Pour contrer cela, il faut que les autorités publiques exercent un contrôle sur les prix alimentaires afin de les faire baisser.

L’augmentation de la faim dans le monde n’est pas due pour le moment au changement climatique. Mais ce facteur aura des conséquences très négatives dans l’avenir en termes de production dans certaines régions du monde, en particulier les zones tropicales et subtropicales. La production agricole dans les zones tempérées devrait être moins touchée. La solution consiste en une action radicale pour réduire brutalement les émissions de gaz à effets de serre (le GIEC |3| recommande une diminution de 80 % des émissions pour les pays les plus industrialisés et de 20% pour les autres).

 

Est-il possible d’éradiquer la faim ?

Eradiquer la faim, c’est tout à fait possible. Les solutions fondamentales pour atteindre cet objectif vital, passent par une politique de souveraineté alimentaire et une réforme agraire. C’est-à-dire nourrir la population à partir de l’effort des producteurs locaux, tout en limitant les importations et les exportations.

 

Il faut que la souveraineté alimentaire soit au cœur des décisions politiques des gouvernements. Il faut se baser sur les exploitations agricoles familiales utilisant des techniques destinées à produire des aliments dits « bio » (ou « organiques »). Cela permettra en plus de disposer d’une alimentation de qualité : sans OGM, sans pesticides, sans herbicides, sans engrais chimiques. Mais pour atteindre cet objectif-là, il faut que plus de 3 milliards de paysans puissent accéder à la terre en quantité suffisante et la travailler pour leur compte au lieu d’enrichir les grands propriétaires, les transnationales de l’agrobusiness et les commerçants. Il faut aussi qu’ils disposent, grâce à l’aide publique, des moyens pour cultiver la terre (sans l’épuiser).

Pour ce faire, il faut une réforme agraire, réforme qui manque toujours cruellement, que ce soit au Brésil, en Bolivie, au Paraguay, au Pérou, en Asie ou dans certains pays d’Afrique. Une telle réforme agraire doit organiser la redistribution des terres en interdisant les grandes propriétés terriennes privées et en fournissant un soutien public au travail des agriculteurs.

 

Il est important de souligner que le FMI et surtout la Banque mondiale ont d’énormes responsabilités dans la crise alimentaire car ils ont recommandé aux gouvernements du Sud de supprimer les silos à grains qui servaient à alimenter le marché intérieur en cas d’insuffisance de l’offre et/ou d’explosion des prix. La Banque mondiale et le FMI ont poussé les gouvernements du Sud à supprimer les organismes de crédit public aux paysans et ont poussé ceux-ci dans les griffes des prêteurs privés (souvent de grands commerçants) ou des banques privées qui pratiquent des taux usuriers. Cela a provoqué l’endettement massif des petits paysans, que ce soit en Inde, au Nicaragua, au Mexique, en Egypte ou dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Selon les enquêtes officielles, le surendettement des paysans qui touche les paysans indiens est la cause principale du suicide de 150 000 paysans en Inde au cours des dix dernières années. C’est un pays où précisément la Banque mondiale s’est employée avec succès à convaincre les autorités de supprimer les agences publiques de crédit aux agriculteurs. Et ce n’est pas tout : au cours des 40 dernières années, la Banque mondiale et le FMI ont aussi poussé les pays tropicaux à réduire leur production de blé, de riz ou de maïs pour les remplacer par des cultures d’exportation (cacao, café, thé, bananes, arachide, fleurs…). Enfin, pour parachever leur travail en faveur des grandes sociétés de l’agrobusiness et des grands pays exportateurs de céréales (en commençant par les Etats-Unis, le Canada et l’Europe occidentale), ils ont poussé les gouvernements à ouvrir toutes grandes les frontières aux importations de nourriture qui bénéficient de subventions massives de la part des gouvernements du Nord, ce qui a provoqué la faillite de nombreux producteurs du Sud et une très forte réduction de la production vivrière locale.

 

En résumé, il est nécessaire de mettre en œuvre la souveraineté alimentaire et la réforme agraire. Il faut abandonner la production des agro-carburants industriels et bannir les subventions publiques à ceux qui les produisent. Il faut également recréer au Sud des stocks publics de réserves d’aliments (en particulier de grains : riz, blé, maïs…), (re)créer des organismes publics de crédit aux agriculteurs et rétablir une régulation des prix des aliments. Il faut garantir que les populations à bas revenu puissent bénéficier de bas prix pour des aliments de qualité. L’Etat doit garantir aux petits producteurs agricoles des prix de vente suffisamment élevés afin de leur permettre d’améliorer nettement leurs conditions de vie. L’Etat doit également développer les services publics dans les milieux ruraux (santé, éducation, communications, culture, « banques » de semences…). Les pouvoirs publics sont parfaitement à même de garantir à la fois des prix subventionnés aux consommateurs d’aliments et des prix de vente suffisamment élevés pour les petits producteurs agricoles afin qu’ils disposent de revenus suffisants.

 

Ce combat contre la faim n’est-il pas partie prenante d’un combat bien plus vaste ?

On ne peut prétendre sérieusement lutter contre la faim sans s’attaquer aux causes fondamentales de la situation actuelle. Or la dette est l’une d’entre elles, et les effets d’annonce sur ce thème, fréquents ces dernières années comme lors des sommets du G8 ou du G20, masquent mal que ce problème demeure entier. La crise globale qui touche le monde aujourd’hui aggrave la situation des pays en développement face au coût de l’endettement et de nouvelles crises de la dette au Sud sont en préparation. Or cette dette a conduit les peuples du Sud, souvent pourvus en richesses humaines et naturelles considérables, à un appauvrissement général. La dette est un pillage organisé auquel il est urgent de mettre fin.

 

En effet, le mécanisme infernal de la dette publique est un obstacle essentiel à la satisfaction des besoins humains fondamentaux, parmi lesquels l’accès à une alimentation décente. Sans aucun doute, la satisfaction des besoins humains fondamentaux doit primer sur toute autre considération, géopolitique ou financière. Sur un plan moral, les droits des créanciers, rentiers ou spéculateurs ne font pas le poids par rapport aux droits fondamentaux de six milliards de citoyens, piétinés par ce mécanisme implacable que représente la dette.

 

Il est immoral de demander aux pays appauvris par une crise globale dont ils ne sont nullement responsables de consacrer une grande partie de leurs ressources au remboursement de créanciers aisés (qu’ils soient du Nord ou du Sud) plutôt qu’à la satisfaction de ces besoins fondamentaux. L’immoralité de la dette découle également du fait qu’elle a très souvent été contractée par des régimes non démocratiques qui n’ont pas utilisé les sommes reçues dans l’intérêt de leurs populations et ont souvent organisé des détournements massifs d’argent, avec l’accord tacite ou actif des États du Nord, de la Banque mondiale et du FMI. Les créanciers des pays les plus industrialisés ont prêté en connaissance de cause à des régimes souvent corrompus. Ils ne sont pas en droit d’exiger des peuples qu’ils remboursent ces dettes immorales et illégitimes.

 

En somme, la dette est un des principaux mécanismes par lesquels une nouvelle forme de colonisation s’opère au détriment des peuples. Elle vient s’ajouter à des atteintes historiques portées également par les pays riches : esclavage, extermination de populations indigènes, joug colonial, pillage des matières premières, de la biodiversité, du savoir-faire des paysans (par le brevetage au profit des transnationales de l’agrobusiness du Nord des produits agricoles du Sud comme le riz basmati indien) et des biens culturels, fuite des cerveaux, etc. Il est plus que temps de remplacer la logique de domination par une logique de redistribution de richesses dans un souci de justice.

 

Le G8, le FMI, la Banque mondiale et le Club de Paris imposent leur propre vérité, leur propre justice, dont ils sont à la fois juge et partie. Face à la crise, le G20 a pris le relais et cherche à remettre un FMI discrédité et délégitimé au centre du jeu politique et économique. Il faut mettre fin à cette injustice qui profite aux oppresseurs, qu’ils soient du Nord ou du Sud.


 

Notes

|1| Organisme des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, www.fao.org

 

|2| Voir Damien Millet et Eric Toussaint, « Retour sur les causes de la crise alimentaire mondiale », 2008, http://www.cadtm.org/spip.php ?article3625. Voir aussi Eric Toussaint, « Une fois encore sur les causes de la crise alimentaire, http://www.cadtm.org/spip.php ?article3773.

 

|3| Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, voir www.ipcc.ch/languages/french.html

Par dacarcassonnais - Publié dans : international
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Jeudi 30 avril 2009 4 30 /04 /Avr /2009 08:27



et pour se détendre d'un sujet si grave.



Par dacarcassonnais - Publié dans : immigration
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